Délégationd’Aix-en-Provence

UN ARTICLE PARU DANS LA PROVENCE CET ETE 2019

AIDER TOUT LE MONDE SANS ECHELLE DE VALEUR

UNE JEUNE BENEVOLE ENGAGEE AU SECOURS CATHOLIQUE

« Aider tout le monde sans échelle de valeur » À 26 ans, Morgane Garon a une maturité et une charité en elle qui forcent le respect. Quand d’autres se dorent la pilule, elle a décidé d’intégrer cet été le Secours catholique pour aider les plus démunis PARU DANS LA PROVENCE NOTRE SÉRIE Chaque mercredi, jusqu’à la fin de l’été, « La Provence » s’attache à mettre en valeur ceux qui dans l’ombre donnent de leur temps pour les autres.

Originaire de Lorraine, Morgane est arrivée à Aix il y a un an et demi pour créer des missions au Service Civique. Certains la qualifient d’idéaliste. Au contraire, jamais une jeune femme n’aura regardé avec autant de véracité notre monde. Le sourire radieux et franc de Morgane Garon est le prolongement direct de sa bienveillance. Elle ne cache rien parce qu’elle n’a rien à cacher. Aider les autres est naturel. Elle n’est pas pessimiste : elle voit le monde tel qu’il est et essaie modestement d’agir pour qu’il tourne mieux. « Je ne suis pas un ange gardien ni une hurluberlue », dit-elle en riant.

Son modèle de vie : sa grand-mère décédée il y a deux mois. Très impliquée dans le réseau associatif de la région du Grand Est, elle avait depuis dix ans un cheval de bataille : la cause des migrants. Une femme forte qu’elle ne veut pas décevoir et qu’elle ne décevra pas tant son parcours force l’admiration.

Elle travaille depuis début juillet sur différents postes au Secours catholique.

Arrivée il y a un an et demi à Aix pour effectuer des missions au sein du service civique à Marseille et suivre une prépa à l’IEP (Institut d’études politiques), elle a décidé d’écrire via le site internet du Secours catholique pour devenir bénévole cet été. Son profil et son engagement sans faille ont fait mouche. Elle travaille chaque matin du mois de juillet et les mardis et vendredis de 9h à 11h jusqu’au 9 août, date de fermeture de la structure aixoise jusqu’à début septembre.

Elle est comme on dit polyvalente ; elle peut aussi bien tenir l’accueil, s’occuper du poste de domiciliation (trier et redistribuer le courrier car certaines personnes le reçoivent sur place) que se lancer dans un « mapping », recensement des associations qui s’occupent des migrants sur tout le territoire sur lequel agit le Secours catholique. « Chaque bénévole ap- porte à la hauteur de ce qu’il sait faire. Je suis à disposition. J’ai toujours vu ma grand-mère aider les gens sans discrimination. On doit aider tout le monde sans échelle de valeur. On n’a pas à mériter d’être aidé ou pas. Certains au Secours catholique comme ailleurs sont ai- mables, d’autres désagréables mais je les aide de la même manière. S’ils sont là, c’est qu’ils en ont besoin. »

Dans l’année, elle a également participé à des maraudes avec l’association « Solid’Aix » pour offrir à manger aux SDF du centre-ville. Les ONG, les associations à caractère social, elle en revient un peu à cause du vécu de sa grand-mère mais pas que : « Certaines associations affichent leur désir d’aider les gens mais ce n’est parfois pas la réalité du terrain. Les belles paroles dans ce milieu, il y en a beaucoup. Il faut savoir faire le tri. » Le Secours civique aussi, elle en est revenue. Elle a démissionné. « Je ne me retrouvais pas dans leurs valeurs. J’avais un problème d’intégrité. Je pensais aider les personnes mais certains trouvaient plus importants de toucher les fonds européens avant le reste. Au Secours catholique, j’ai vraiment l’impression d’être utile. Je ne fais pas quelque chose d’essentiel mais ça a du sens pour moi. » Pour vivre, elle donne des cours particuliers aux collégiens en français, anglais, histoire-géo. Et a pris en parallèle des cours d’arabe, « une langue qui m’attirait beaucoup », précise-t-elle.

En septembre, elle part trois mois en Jordanie avec une ONG qui lutte contre la corruption.

Elle se perfectionnera, dès septembre, en Jordanie où elle part pour trois mois avec l’ONG « Transparency International » (lutte contre la corruption). Partir pour être utile aux populations en souffrance, elle connaît. Elle a déjà travaillé pour d’autres ONG : en Inde, elle venait en aide aux prostituées ; en Lituanie, elle s’occupait d’enfants dans les rues. Des expériences qu’elle n’est pas près d’oublier : « En Inde quand je rentrais chez moi à pied et que je voyais des enfants boire dans des flaques d’eau, des animaux tellement affamés qu’ils mangeaient des bouts de plastique, c’était difficilement soutenable plastique, mais en même temps, je me disais que j’étais à ma place, que je devais aider à mon niveau même si je sais que seule, je ne pourrai pas changer grand-chose. Tout cela a donné du sens à ma vie. J’ai encore plus réalisé combien la vie est difficile. Certains me traitent d’idéaliste ou me trouvent même ridicule, et c’est vrai, on peut se dire facilement : pourquoi lutter contre toute cette misère ? C’est trop dur. Mais moi, je veux juste aider les gens à trouver l’étincelle pour continuer. Je me suis rendu compte aussi à travers ces voyages combien nous avions de la chance en France, on a le droit de rêver alors que d’autre ont déjà leur avenir cloison né. Je veux vivre pour être utile e agréable aux autres. »

Si je donne trop, je ne serai plus efficace. J’aime la vie même si j’ai un côté Camusien : il faut rester dans la révolte.

Le mémoire de son master de droit portait sur « le droit à l’eau », les droits humains encore et toujours… Quel regard porte-t-elle sur sa génération ? « Je suis optimiste. Certes, il existe des égoïstes, des matérialistes comme dans toutes les générations mais par rapport à la période des années 80 où les punks avaient comme slogan No Fu- ture, je trouve que certes, comme eux, On sait que la vie ne va pas aller en s’arrangeant mais on essaie d’agir et de ré agir. Il existe une belle dynamique. » Une vie de nonne pour Morgane ? Point du tout. Elle aime lire, aller à la plage, au cinéma, sortir et danser ! « Si je donne trop, je ne serai plus efficace. J’aime la vie même si j’ai un côté Camusien : il faut rester dans la révolte ! »

Aurélie FÉRIS-PERRI La Provence

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