Délégationd’Aix-en-Provence

Interview de Véronique Fayet

Cris d’alarme

À écouter sur France Inter

Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique et Christophe Robert, sociologue, délégué général de la Fondation Abbé Pierre ont été les invités du Grand entretien de France Inter. Ils alarment sur la situation des plus précaires dans cette crise sanitaire que nous traversons, mais aussi sur les décisions prises depuis trois ans : les 5 à 7 % des plus pauvres sont les grands oubliés de ce quinquennat.

Cris d'alarme

publié en octobre 2020

Voici retranscrits, les propos tenus lors de l’émission radiophonique du 7 octobre 2020 du Grand entretien de France Inter. Selon les chiffres du Monde, ce sont un million de Français qui auraient basculé dans la pauvreté pendant l’épidémie, en plus des 9 millions existants. « C’est difficile de donner des chiffres très précis », estime Véronique Fayet. « Mais ce qu’on voit, ce sont des gens qu’on ne connaissait pas, beaucoup qui travaillaient ou travaillent encore, qui étaient dans une situation de précarité et qui basculent dans la pauvreté. Les jeunes sont très concernés, puisqu’ils enchaînaient les petits contrats : quand tout ça s’arrête, ils n’ont droit à rien. On a aussi des auto-entrepreneurs, des commerçants, des artisans, des intermittents du spectacles… Ça nous montre que notre filet de protection sociale, dont on est assez fiers, a beaucoup de trous. Aujourd’hui, beaucoup de gens passent à travers ces trous : nous, on demande qu’il y ait un plancher, quelque chose de plus solide qui permettent que tous les gens soient en sécurité quand il y a un accident de la vie.  »

« Ce que nous avons vu, qui nous a effrayés, ce sont des personnes qui étaient sur le fil  », confirme Christophe Robert. « Elles s’en sortaient à peu près, n’étaient pas forcément connues du travail social ou de l’action sociale. Et on s’est aperçu qu’avec de toutes petites ressources, le moindre accroc fait basculer dans la peur, dans l’impayé, dans la faim, si l’on n‘est pas capable d’alimenter ses enfants ou s’alimenter soi-même. On le voyait déjà avant la crise de la Covid ! Mais là, ça a été un raz-de-marée. Ils viennent rejoindre les 9 millions de pauvres français. Est-ce qu’ils vont être durablement dans cette situation ? Il faut tout faire pour éviter cette catastrophe-là. »

Dans quel état d’esprit sont ces gens ? « Moi ce qui m’a marqué, en mars, en avril, en mai, c‘est la peur, la peur du lendemain  », raconte le délégué général de la Fondation Abbé Pierre. « Mais qu’est-ce qui va se passer ? Comment vais-je faire ? C’est là où nous avons une responsabilité collective.  » Véronique Fayet ajoute : « Il y a aussi la honte d’avoir à pousser la porte des associations, d’aller faire la queue à une distribution alimentaire… Beaucoup de gens ne pensaient pas en arriver là. Ce système de distribution, il n’est pas digne pour les gens. »

Mercredi 7 octobre 2020 Le Grand entretien par Nicolas Demorand , Léa Salamé. Vidéo de 10 mn https://www.franceinter.fr/emission...

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