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Thème
Prison
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Bouches-du-Rhône

« Dans cet univers, un petit progrès est une grande réussite » 

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Le sort des personnes détenues rencontre souvent l’indifférence. Les équipes Prison de la délégation d’Aix/Arles, dont les interventions dans les lieux d’incarcération ont été ralenties pendant la crise sanitaire, continuent de témoigner de l’humanité de ceux qu’ils accompagnent et de les soutenir dans leurs efforts de réinsertion.

Les bénévoles des équipes Prison d'Aix/Arles

Il y a quelques années, le Groupe local de concertation prison d’Aix, dont fait partie le Secours Catholique, a recréé pour quelques jours une cellule dans un centre commercial : 8.6m2 partagés par deux voire trois détenus. Une opération-choc pour frapper l'esprit des chalands, à la dureté de l'univers carcéral, à mille lieux de leurs préoccupations. 
Ce choix de communication illustre la difficulté à familiariser le grand public à la réalité que vivent les personnes détenues.
Cette réalité, les intervenants de cette journée de formation organisée par la délégation Aix/Arles, la constatent depuis des années dans les lieux de privation de liberté à la maison d’arrêt de Luynes (courtes peines), dans les centres de détentions de Salon et Tarascon (peines 2 ans et +) et à la maison centrale d’Arles (longues peines). « Notre mission est d’accompagner les détenus, les aider à préparer leur sortie, et faire évoluer le regard du public », explique Nicole, responsable Prison Aix/Luynes au Secours Catholique.

20 % de détenus indigents

Le Secours Catholique intervient, en particulier auprès des détenus indigents, sans connection, famille ou argent, déjà isolés et parfois désocialisés avant même leur incarcération. À Luynes, les actions en prison – autorisées dans le cadre de conventions signées avec les établissements pénitentiaires – comprennent, pour les plus démunis, l’organisation de goûters, la distribution de colis de Noël et le don de vêtements.  Les bénévoles, comme Rénée référente du Secours Catholique au centre de détention de Tarascon, peuvent aussi être amenés à prendre en charge des personnes libérées sans ressources et chercher, le jour même de leur sortie, des solutions d'hébergement d'urgence. 
« Il y a des situations dramatiques, explique Laurent, visiteur de prison. 20 % des détenus sont indigents et 50 % ne reçoivent jamais de visite. Dans le parloir, Laurent « écoute, sans jugement le détenu. » « Cette écoute, renchérit Paul, ancien aumônier et coordinateur des services Prison de la délégation,  est une façon de reconnaître la dignité de l’autre. On le reconnaît dans ce qu’il est, mais non dans ce qu’il a fait. » Ces échanges permettent de maintenir le lien social, indispensable en vue du retour au sein de la société. 

Nicole souligne : « Dans cet univers, un petit progrès est une grande réussite. » 

Des situations émotionnellement fortes

Laurent a aussi rejoint le rang des bénévoles du Secours Catholique pour soutenir les personnes détenues préparant leur sortie. La maison d’arrêt de Luynes comprend un CPA, centre pour peines aménagées (sursis, travail d’intérêt général, surveillance électronique…) où des missions de réinsertion sont menées en collaboration avec le Service pénitentiaire d’insertion ou de probation (SPIP). Lors de petites permissions, Laurent accompagne, par exemple, dans les locaux de la délégation du Secours Catholique des détenus qui ont besoin d'un accès à un ordinateur pour mettre à jour leurs documents administratifs et commencer des recherches de formation, d'emploi ou de logement.  À Arles, un détenu en fin de peine rejoint régulièrement l'équipe des maraudes du Secours Catholique pour son projet de réinsertion. « Faire du bénévolat lui a fait prendre conscience que d'autres avaient besoin d'aide, explique Paul. Ca l'a motivé. »
Agnès, psychologue, a pu, toujours au CPA de Luynes, mettre en place des ateliers Théâtre-forum dans le cadre d'une formation de communication non-violente. « Une expérience très révélatrice, se souvient-elle.  Avec ces ateliers qui fonctionnent en jeux de rôle, nous essayons de donner des outils de base à des gens souvent fragiles, en particulier les jeunes, pour pouvoir être en relation avec les autres sans passage à l'acte violent. » 
Toutes ces initiatives ont un but : éviter la récidive. 

La plupart des actions d'accompagnement en prison et d'aide à la réinsertion ont été suspendues avec la crise sanitaire et le confinement, mais les équipes se préparent à la reprise. Les intervenants sont les premiers à admettre qu'ils se retrouvent parfois dans des situations émotionnellement fortes.

Sylvie raconte : « Je suis une ancienne greffière, donc je connaissais les coulisses de l’instruction. Je n’étais jamais allée dans une prison. Une fois bénévole, j’ai voulu voir ‘l’autre côté’ et ça a été un choc très violent, avec ce bruit de portes qui s’ouvrent et qui se referment. »

« On écoute et on agit dans la compassion sans jugement, enchaîne Nicole. En constatant certaines situations de détresse, on s'interroge : dans quel état seront ces personnes au moment de la sortie ? Nous sommes là pour leur tendre la main. »

 

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Auteur et crédits
© Xavier Schwebel / Secours Catholique